Interview Ecole Emancipée

Interview, journal Ecole Emancipée, Septembre-octobre 2009

Après l'université de rentrée et le lancement de la charte de la résistance pédagogique, quelles sont les perspectives pour le réseau des enseignants du primaire en résistance en terme d'action ?

 

Le mouvement des enseignants du primaire en résistance a émergé spontanément grâce à la multiplication des lettres de désobéissance personnelles et collectives. Il s'agissait à la fois d'affirmer un refus motivé de dispositifs pédagogiques contraires à notre conscience de pédagogue et d'afficher une volonté de mettre en place des alternatives qui privilégient la coopération et non la compétition. Ce qui fait la force de cette action, c'est le nombre d'enseignants qui assument leur résistance ouvertement.

 

Aujourd'hui, le réseau se structure. Il regroupe des enseignants d'horizons très divers, syndiqués ou non. C'est sa richesse. Ce qui nous unit, c'est à la fois notre vision d'une école émancipatrice et notre détermination à résister, y compris par la désobéissance, à des « réformes » scélérates. Ce mouvement s'inscrit dans la durée.

 

La Charte de la résistance pédagogique vise à l'élargissement du mouvement, en exposant moins les enseignants signataires à des sanctions. Tous les enseignants qui refusent d'être complices de ces réformes et qui veulent construire une école du progrès pour tous, peuvent la signer. Nous espérons que les syndicats qui veulent réellement se battre appelleront à signer cette Charte pour montrer au ministère l'ampleur du rejet de ces réformes.


Par rapport aux objectifs et aux modes d'action syndicaux ou politiques, quelle est la spécificité de ce mouvement ?


Ce qui fait pression sur le système, c'est la résistance ouverte, revendiquée et assumée. Puisque le gouvernement limite l'impact des grèves, notamment avec le SMA, il ne nous laisse pas d'autres choix que de résister en neutralisant les dispositifs néfastes à l'intérêt de l'école publique. Plus le ministère pourra minimiser cette action, plus il pourra clamer que les enseignants acceptent les réformes. Ce qui signifie que le curseur de la lutte, c'est le nombre d'enseignants déclarés en résistance. C'est pourquoi aujourd'hui, tout en ne négligeant pas les modes d'action traditionnels, il nous faut penser une action collective à la hauteur du défi lancé par ce gouvernement. La désobéissance pédagogique s'inscrit dans cette perspective.

 

Les organisations syndicales ne doivent pas oublier que tout combat d'envergure qui se respecte s'expose à la répression de l'Etat. Cependant, aucun enseignant sanctionné sur le plan financier n'a cédé, grâce aux caisses de soutien. La désobéissance responsable est un puissant moteur de solidarité citoyenne pour la cause défendue par les enseignants, surtout lorsque les sanctions sont perçues comme injustes.


 
Quelles relations avec le mouvement social et notamment les organisations syndicales envisagez-vous ?

 

Nous sommes dans une logique de dialogue permanent quand bien même celui-ci est conflictuel. Lorsque le ministre Darcos invite les syndicats à se démarquer de nous, chacun peut comprendre que plus nous nous rapprochons, y compris dans les modes d'action, plus le ministère est inquiet. La désobéissance civile que je nomme radicalité constructive est au cœur de nombreux débats aujourd'hui. Elle insuffle une dynamique nouvelle aux luttes sociales car elle porte une double exigence, morale et politique : agir en cohérence et être efficace sur la durée.



13/01/2009
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